TEKAKWITHA. |
1939 Le livre de Guilberte Bouvier et ses illustrations.
Le récit historique que Lecompte publie en 1927 obtient un grand succès. Il met en exergue la composition de Nealis également très aimée. Mais l'ouvrage contient peu d'illustrations. Douze ans plus tard, celui publié par Guilberte Bouvier comble cette lacune (Bouvier 1939). Il jouit d'un très important soutien du clergé : une lettre-préface d'Anastase Forget évêque du diocèse de Saint-Jean (sous la juridiction duquel est alors placée Caughnawaga) et une présentation du jésuite Antonio Poulin (1900-1986, père, entré en 1921, ordonné en 1933, Paulin 2015), vice-postulateur de la cause de Tekakwitha et directeur du Messager canadien, maison d'édition de ce livre mais également de plusieurs représentations concernant cette pupille maintenant sanctifiée. « Il y a les enfants, trois soeurs [Bouvier] : Adrienne qui grave Kateri dans le plâtre et la glaise, Jeanne qui la rend vivante dans un film [Bouvier 1937], Guilberte, l'auteur, qui nous offre cette biographie [Bouvier 1939, p. 11] » Le Dictionnaire des Bouvier Belmont (Adélard 1947, p. 356-357) fournit quelques informations sur cette famille. Le pharmacien J.-Arthur-Wilfrid Bouvier (1868-1922) épouse en 1898, à Fall River MA, Clara Trottier (1879-), personne cultivée, aimant le beau, et sachant le reproduire aussi. La famille s'établit au 39 rue School, Brookline MA, avec ses 11 enfants. Au recensement de 1940 (pdf ou txt), la mère veuve (60 ans) vit avec ses cinq filles (Guilberte 38 ans, Adrienne 37, Jeanne 35, Bernadette 30, Gabrielle 23) et ses deux fils (Wilfred 29, J. 25). Guilberte (1901.09.28-), commis de banque et artiste, publie ce livre sur Tekakwitha en 1939 (Bouvier 1939), illustré des photogrammes tirés du film réalisé entre 1935 et 1937 par sa soeur Jeanne (1904.08.28-). Outre les dessins de Coze et d'Archambault, il n'est pas aisé d'y identifier lesquels sont l'oeuvre de Guilberte ! La section de ce livre intitulée « Choses d'autrefois » (Bouvier 1939, p. 142) est tout à fait indicatrice de l'importante idéologie « Vieilles choses, Vieilles gens » alors en vogue ; elle ouvre la voie à plusieurs illustrations des lieux de pèlerinage dédiés à Tekakwitha. Adrienne (1902.10.10-), artiste elle aussi, s'occupe de sculpture, comme sa mère : son oeuvre, inspirée de Nealis, sera commercialisée pendant plusieurs décennies par les jésuites, puis par les franciscains. Photogramme tiré du film de Jeanne Bouvier (1937) en page couverture du livre de Guilberte Bouvier (1939), Kateri Tekakwitha, la plus belle fleur épanouie au bord du Saint-Laurent, illustrant Tekakwitha personnifiée par Evelyn Montour (1922-1964) de Caughnawaga, aujourd'hui Kahnawake Qc. — (Bouvier 1939, collecton RD) ; (Kateri 1964.06-09-F018p18-21 ; 1964.06-EV16N03p21). VOIR P11. |
Le Richelieu, 1er juin 1939, supplément, p. 1-4.
L'ouvrage a droit à cette couverture médiatique où on reproduit plusieurs illustrations avec des légendes absentes du livre.
Les photogrammes tirés du film de Jeanne.
Jeanne Bouvier est la réalisatrice et productrice, entre 1935 et 1937, d'un film couleur 16 mm Kodachrome tourné à à Auriesville, Caughnawaga (Fonda NY) et Caughnawaga (Kahnawake Qc), illustrant des épisodes de la vie de Tekakwitha personnifiée par Evelyn Montour (1922-1964) de Caughnawaga qui épousera en 1944 le capitaine de l'air William Cook de Saint-Régis. Adrienne, la soeur de Jeanne, est également productice du film. Les photogrammes publiés dans le livre de leur soeur Guilberte (Bouvier 1939) permettent de reconstituer la trame chronologique du film (table des matières du livre) qui s'apparente aux autres récits hagiographiques illustrés publiés dans les romans historiques alors en vogue dans le plus fort de cette période d'idyllisme, qui ne peut manquer d'être exacerbé par la très grande beauté de l'adolescente alors âgée de 13-15 ans, donc fort éloignée de la Tekakwitha originale défigurée par la variole et émaciée par ses multiples privations ! Les commentaires sont de John J. Wynne vice-postulateur de la cause, narrés par Michael J. Ahern jésuite du Boston College. La musique originale est de Sylvia Robinson ; le chant thème de Kateri est chanté et joué par les membres de la Boston Symphony. L’original du film (Bouvier 1937) a été remis en 1973 par Adrienne Bouvier au vice-postulateur Joseph McBride de la Tekakwitha League pour être conservé avec leurs archives.
LM 1937.09 — [p3] « KATERI IN THE MOVIES At last we have a Tekakwitha film and it is one well worthy of the subject. For two years Miss Jeanne Bouvier, of Brookline, Mass., has been working on it. She has taken all her incidents and scenes from life, at Auriesville where the Indian Maiden was born, and at the two Caughnawagas, on the Mohawk where she lived ten years, and on the St. Lawrence where she died. The pictures are all in color. The talk was composed by the Vice-Postulator of tbe cause of Tekakwitha [John J. Wynne] and recorded by the Rev. Michael Aherne [Ahern], S.J., of Boston College. » (Bouvier 1937).
LM 1939.03 — (p46) « The Messager du Sacre-Coeur of Montreal announces the Life of Tekakwitha by Miss Guilberte C. Bouvier, of Brookline, Mass. [Bouvier 1939] It is in French, copiously illustrated by pictures taken for the Tekakwitha film made by her sister, Jeanne [Bouvier 1937]. It is fifty cents a copy. » (p47) « Moving picture in Kodachrome (color). Produced by Jeanne Bouvier of Brookline. Episodes in the life of the Iroquois Virgin. Re-enacted by Indians of Kateri's tribe. Commentation by Rev. John J. Wynne, S.J. Voiced by Rev. Michael J. Ahern, S.J. Kateri theme song played and sung by members of the Boston Symphony. Original music by Sylvia Robinson. Tekakwitha League will benefit. »
LM 1973.09 — (p2) NOTES FROM THE BARK by father mcbride : • « CASTlNG - With the help of Noteworthy Company's truck the moulds of the Kateri statue fashioned by Miss Adrienne Bouvier were brought to Amsterdam, N.Y., on Easter Monday from Brookline, Mass. Tom Constantino, Noteworthy's president, is to arrange casting the statue with Fr. Ron Schultz, Fonda Kateri Shrine director. There are several sizes. When produced the statues will be suitable for outdoors. Miss Bouvier also entrusted to me a 16mm film which she and her sister produced back in the thirties. Technical problems with the recordings at this time do not promise any immediate use of the movie. They are to be preserved, however, as a monument to the devotion the Bouvier Family had towards our Indian Maiden [Bouvier 1937]. »
Les légendes « entre guillemets » reproduisent les rares inscrites dans ce livre, ou celles provenant d'autres sources avec leurs références, incluant les versions françaises de celles tapuscrites ajoutées aux dessins de Guilberte identifiées par la lettre P, pour PICTURE, suivie d'un chiffre de 1 à 25 ; les légendes [entre crochets] ont été formulées d'après la description de l'image et occasionnellement d'après le contexte lorsqu'il est approprié.
p018a « Elle alla au bord de l'eau cueillir des pervenches utilisées pour les wampum de paix. » VOIR P8. |
p032 « Heureuse à l'idée qu'elle avait trouvé un endroit où elle pouvait prier sans être vue (5 "x 6,5" - papier couché non signé). » VOIR P15. [Priant en forêt.] |
p036 « Kateri remercia Dieu de sa protection. » VOIR P16. [Tekakwitha priant devant une croix sur un rocher.] |
p070a « Après avoir parlé avec Tegonhatsiongo, Tekakwitha retourne voir le chef, déterminée à devenir chrétienne. » VOIR P9. |
p070b « Après avoir parlé avec Tegonhatsiongo, Tekakwitha retourne voir le chef, déterminée à devenir chrétienne. » VOIR P9. |
p072 « Elle reçoit d'abord la bénédiction du Père Missionnaire. » [Le Richelieu, 1er juin 1939, supplément, p. 1-4.] « Tekakwitha est baptisée le dimanche de Pâques 1676 par le jésuite Jean de Lamberville qui lui donne le nom de Catherine ou Kateri en iroquois. » VOIR P12. [FAUX : le surnom de Kateri lui a été donné par Ellen Walworth en 1891]. |
p073 « Son coeur bat plus rapidement lorsqu'elle répond timidement au cri du Loup des Bois – OOOOOOOooooooooo. » VOIR P19. |
p074 « D'Ossernenon Kateri veut fuir à la mission St-François-Xavier (Laprairie). » [Le Richelieu, 1er juin 1939, supplément, p. 1-4.] VOIR P21 et P25. |
p075 « Elle vogue sur le lac Champlain et le Richelieu. » [Le Richelieu, 1er juin 1939, supplément, p. 1-4.] « Le son lointain des fêtards et des tam-tams aida à couvrir le bruit du canoë glissant sur l'eau. » VOIR P20. |
p082 « Elle remet au Père Cholennec [sic] une lettre qui la confie à sa direction spirituelle. » [Le Richelieu, 1er juin 1939, supplément, p. 1-4.] VOIR 1717-1819 Gravures anciennes, portraits hagiographiques fictifs issus des écrits de Cholenec. |
p111 « Même par temps froid hivernal, Kateri attendait près de la porte de la chapelle concentrée sur la prière. » VOIR P22. |
Des dessins de Coze et d'Archambault ; mais lesquels sont de Guilberte Bouvier ?
p084b « L'église et les constructions du fort St-Louis (Caughnawaga) où se trouvent les ossements de Kateri. » [Le Richelieu, 1er juin 1939, supplément, p. 1-4.] |
Tel qu'étudié ci-dessous, Guilberte a dessiné plusieurs scènes tirées des photogrammes du film de Jeanne, ce qui démontre sa propension à s'inspirer d'oeuvres préexistantes. Cette même impression de déjà vu se dégage de plusieurs dessins reproduits dans son livre, tels que ceux sélectionnés ci-dessus, comme s'ils avaient été repris d'après des illustrations déjà publiées ailleurs. Certains rappellent les oeuvres d'artistes des États-Unis illustrant Jacques Marquette, facilement accessibles par les Bouvier du fait qu'ils résidaient dans ce pays. Quant aux bâtiments de Kahnawake, ils ont été dessinés et publiés à maintes reprises dans le périodique Kateri, tout comme les scènes de la vie de Marguerite Bougeoys visitée à Montréal par Tekakwitha et évoquée dans plusieurs hagiographies.
|
|
| Par contre, les sources de deux des dessins de ce livre de Guilberte Bouvier sont facilement identifiables. Le premier reprend celui du bel ouvrage abondamment illustré publié en 1934 par Rumilly où Paul Coze réadaptait la thématique d'une gravure éditée par le prolifique Barbou au XIXe siècle. | Le second, celui de l'inventif et doué Louis Archambault, a été publié la même année que Bouvier par le jésuite Paul Racine et son attribution ne fait aucun doute ; tous deux ornent la quatrième de couverture de ces deux ouvrages, l'un en camaïeu rouge, l'autre en jaune. |
p040 « Vostre bien humble fls et obeissant serviteur en N. S. Isaac Jogues De Diepe ce 6 avril » [La citation est tirée de Martin 1873, p. 19, alors que le portrait ressemble à celui diffusé par Cadieux et Derome vers 1902-1909.] |
p056 [Un campement autochtone. Même thématique que le dessin de la p092, mais d'un style différent.] |
D'autres dessins font penser à ceux des livres de Félix Martin, ou des Benoît pour les livres de Hamy, mais surtout du Messager canadien, maison d'édition de ce livre. Ils pourraient donc provenir de livres publiés par et sur les jésuites dont la cause de canonisation a toujours été liée à celle de Tekakwitha. Mais ils pourraient tout autant être le fait de n'importe quelle artiste de cette famille Bouvier très férue d'arts et de Tekakwitha !
p058 « Celle qui traçait des croix sur l'écorce. » [Le Richelieu, 1er juin 1939, supplément, p. 1-4.] [Priant en forêt.] |
p092 [Campement autochtone près de l'eau. Même thématique que le dessin de la p056, mais d'un style différent.] |
p096 « En l'écoutant, Tekakwitha avait entraîné Marie-Thérèse vers la nouvelle église qu'on bâtissait au Sault-Saint-Louis ». VOIR le dessin de Chauchetière : On bâtit la première chapelle. |
p113 « Son bonheur était d'assister à la messe. » [Le Richelieu, 1er juin 1939, supplément, p. 1-4.] |
Les dessins reproduits dans ce livre ne sont pas identifiés et leurs factures diffèrent grandement. Il n'est pas évident d'y reconnaître le style des ceux signés par Guilberte. Ceux sélectionnés ci-dessus pourraient présenter certaines similitudes avec ceux (signés ou non) de Guilberte tels que documentés ci-dessous et dont les photographies ont gracieusement été fournies par la collaboration de Kellie Paullin de la librairie Between the Covers par qui ils ont été vendus à une collection privée.
BOUVIER, Guilberte [Collaboration Kellie Paullin, Between the Covers.] 25 large original pencil drawings (including some with highlights) on Strathmore Artist laid paper sheets (each measuring about 25” x 19”). Signed by the artist in pencil, including two unsigned drawings also by Guilberte on smaller paper sheets laid down onto the Strathmore Artist sheets. All but three drawings have paper slips with typed captions neatly stapled onto the lower right corner of the sheet. The collection also contains one additional sheet with a mounted photograph of the half-title page from Guilberte Bouvier’s biography of Tekakwitha: *Kateri Tekakwitha: La plus belle fleur épanouie au bord du Saint-Laurent*. Modest edgewear, two or three drawings have small light stains and short tears at the edges and corners, else overall near fine. Accompanied by a 1961 reprint of the book (first published in 1939). The drawings illustrate the life of Kateri Tekakwitha, an Algonquin-Mohawk woman born in the Iroquois Confederacy at Ossernenon in 1656 (modern day Auriesville, New York). Known as the “Lily of the Mohawks” after her death in 1680 at the Jesuit mission village of Kahnawake in New France (near Montreal), she was canonized in 2012, making her the first Native American to be named a Saint (as the Patron Saint of the environment and ecology). Of the total number of 25 drawings, 14 were made after photographic stills from an early film of Tekakwitha’s life made by Guilberte’s sister Jeanne Bouvier in the 1930s that was shot on 16mm Kodachrome film in Caughnawga, Quebec (Kahnawake Mohawk Territory). The film featured local Caughnawga women and men, including Evelyn Montour who played the lead role as Tekakwitha (she later married Marine Captain William Cook, the first Native American to become a commissioned officer during World War II). Guilberte Bouvier utilized stills from the film to illustrate her 1939 biography of Tekakwitha, and to create 11 other inspired drawings, all which are listed below (with page numbers indicating those drawings made after the 14 photographic stills published in the book). |
P23 “The Saint is dead” A crowd gathered around Kateri, they wanted to see her, to touch her. Her face seemed surrounded by a heavenly light and all marks of smallpox had suddenly disappeared. |
Illustrations des lieux de pèlerinages : cénotaphe ; Kahnawake ; Auriesville ; Saint-Régis.
|
1716 Kaknawake « ou rapide », naguère Caughnawaga, aujourd'hui Kahnawake. |
|
|
TEKAKWITHA. |